09 mars 2010

Chromophobie

Le gentlegay est réputé pour son bon goût coloriel, évidemment lui qui a été bercé over the rainbow n’a pas son pareil pour savoir associer les couleurs, logique non ? : oser un rouge Valentino associé à un rose shoking Schiparelli comme YSL dans son temps, oser un jean jaune fluo avec un pull gris aux motifs bleu électrique sans tomber dans le fluokid de base…bref sortir de l’uniforme parisien noir pour voir la vie en rose, c’est son truc. Mais attention, la couleur est a manier avec précaution…

D’ailleurs une de ses collègues a franchi l’intangible frontière entre colorama et peinturlurage, aie, que dire…. Un jour, en plein milieu d’une réunion, alors qu’elle était en train de se reblusher pour la 4ème fois de la journée, faisant virer ses joues d’un rosé marqué à un rouge cramoisi couperosé, elle lui demande : «  dis moi, qu’est ce que tu penses de ma façon de me maquiller et des couleurs que je me mets… »

Gloups, avalage de salive difficile, non le gentlegay ne toussera pas, il préfèrera pleurer de son asphyxie en en faisant passer la conséquence lacrymale pour des larmes de joie d’une telle marque de confiance…

Mais quoi répondre ? Qu’à côté Annie Fratellini avait la main légère quand elle se dessinait son fameux masque clownesque, que Barbara Cartland dont le célèbre fond de teint dissimulant son lifting schaterton était un parfait exemple du maquillage nude ou que les années 80 et les ombres à paupières de Grace Jones étaient l’exemple même du pimpant frais et léger….

Pas très politiquement correct…

« Ecoute, je trouve que depuis quelques temps ta main s’est allégée et ça te va plutôt bien » ça lui fait surtout faire des économies, un tube de rouge à lèvres par semaine et un blush tous les 15jours, ça devait commencer à peser sur son budget familial, non ?

Là, brusque arrêt des ronds de poignet badigeonnant les pommettes :

« Qu’est ce que tu veux dire ? », regard lançant des éclairs, à moins que ce ne soit ce bleu pétrole sur ses paupières façon drame de l’Erika et marée noire s’étirant jusqu’aux tempes qui fasse comme une illusion d’optique, aveuglante…

« Euh non c’est juste que je trouve que maintenant que tu fais soit la bouche soit les yeux en fonction des heures de la journée, que tu appuies moins et que tu es passée dans des couleurs plus sourdes – déjà que je suis aveugle, il ne manquait plus que la surdité mais ça pour éviter ses questions j’en rêvais presque – et bien ça met plus en valeur ton teint blanc (cadavérique de femme overstressée overbookée, overdosée, de tout…) de porcelaine… »

Ouf, mensonge pieux et réflexe salutaire, tellement pas dans les habitudes du gentlegay…quoique… là, j’ai droit à un grand sourire cramoisi, encore élargi par un trait de crayon qui dépasse largement des lèvres pour les rendre évidemment pulpeuses – en fait si carnassières : « Je suis contente que tu l’aies remarqué, j’ai mis en application les derniers conseils de la cosmégirl de Biba : c’est hyper important pour une femme comme moi de donner la meilleure image d’elle même, énergique et débordée mais toujours parfaitement dans le ton »…

Que répondre ?  sourire complice, je m’éclipse de cette réunion boulot-Tuperware. Dans le ton ! Si elle le dit, en tout cas pour moi clairement pas dans le bon pantone… finalement, le noir et la chromophobie typiquement parisienne, si c’était non pas du snobisme urbain mais une protection élaborée contre la faute de couleur….

Posté par Le gentlegay à 01:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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