28 mars 2010

Le Gypset

À votre avis, quel type de voyageur est le gentlegay ?

Un vrai baba-roots ?

Ça vous avez du mal à y croire…

Il est vrai qu’il lui manque un tatouage maori autour du biceps. Il aurait été réalisé lors d’une soirée chamanique où le prêtre, après avoir taillé une branche de cocotier avec ses dents et l’avoir trempée dans un mélange d’encre de sèche et de sang de poulet aurait ainsi immortalisé avec ce dessin rituel l’accession du baba-roots à la tribu des courageux explorateurs…bon en même temps vu que la plupart du temps ce genre de tatouage est plutôt fait au 4eme sous sol d’un atelier du marais, à la chaîne, et qu’en plus c’est devenu un signal marqué au fer rouges d’une jeunesse too 90s… certain auront beau faire du botox, ce petit signe dans les années futures révèlera leur date de naissance plus sûrement que leur carte d’identité…

Pas non plus de tatouage épousant parfaitement le galbe d’un de ses mollets bronzé. Certes plus actuel, les latitudes parisiennes ne permettant d’exhiber au mieux ses mollets que 2 mois par an, la souffrance n’en vaut pas le coup, sauf pour faire tourner les têtes - dans tous les sens du terme - dans un club de sport chic de la capitale…

Pas non plus de montre avec 45 cadrans donnant l’heure lunaire même à 20 mètres sous l’eau, histoire de se confondre en apesanteur… c’est gros, c’est moche et l’utilité au quotidien de ce genre d’objet de 130 kilos est plus que douteuse, sauf en cas de visite au musée Grevin pour se sentir complice avec le commandant Cousteau et Neil Armstrong… le gentlegay a pourtant failli se laisser tenter par une boussole depuis qu’il a vu un couple en goguette se prendre pour des aventuriers d’une course au trésor koh lantesque dans les rues d’un petit village argentin...

Pas non plus de look savant métissage de crocodile Dundee et d’Indiana Jones, comme si partir en voyage impliquait forcement de s’habiller dans en total camaïeu kaki - qui ferrait passer un imprimé militaire pour un imprimé haut en couleur façon Lacroix - avec des tonnes de poches disposées aux 4 coins de son anatomie et un sac à dos façon paquetage avec chaussures de marche et gourde apparente - les files d’aéroport ressemblent d’ailleurs de plus en plus à des bataillons de la 4eme garnison de mont-de-marsan en pleines manœuvres. Son sac à lui ne contient pas non plus une polaire béante et informe, rouge clownesque, pour les grands froids, ni un pantalon aux jambes amovibles pour les canicules, pas plus qu’un canif, trophée déniché au vieux campeur, et faisant trousse à joujoutils, établi compris.

À noter que comme touche de fantaisie, le gentlegay, lui, n’arbore pas une dent de caïman en plastique pour impressionner la donzelle es personnel de bord de l’avion ou repousser toute attaque anthropophage indigène…

Enfin il lui manque surtout ce sans quoi le baba-roots ne serait pas, l’accessoire principal, la compagne baba-roots, icône néo hippie-chic : cheveux faussement grasso-crado-emmêlés façon beach cool de john Frieda, sarouel Isabelle Marant, spartiates en cuir naturel à peine tanné et accessoires chinés à Goa lors d’une moon partie trop improvisée ou passage Brady…

Par contre je suis sûr que vous imaginez le gentlegay très jetset, à partir uniquement dans des hôtels 5 étoiles, avec chauffeurs pour assurer les transferts aéroport - kibboutz de luxe et éviter tout contact trop rapproché avec des autochtones, qu’il y passera ses 2 semaines enfermé, allongé sur un matelas à eau starkien ou du mobilier exclusivement en teck, à siroter des mojitos champagne avec pour seule préoccupation d’alterner savamment massages au pierres chaudes et jacuzzis aux fleurs d’ibiscus afin de préserver l’harmonie de son chi, enduit de crème IP30 pour suffisamment bronzer sans pour autant compromettre son capital soleil…

Vous pensez aussi sûrement qu’il est systématiquement obligé de payer des suppléments-bagages – en sus des 25kilos supplémentaires déjà octroyés par sa carte gold+ - pour ses 5 malles et son vanity Vuitton….

Et bien, non ! Le gentlegay lui, se définit comme Gypset, qu’est ce encore que ce barbarisme ? simplement la définition de son travel style : gypsie jet setter. Il va ainsi dans des endroits sauvages, perdus, voir hostiles – Mongolie, Namibie, Patagonie - mais avec chic et classe : tongues havainas achetées au brésil pour affronter le chaud, sinon converses from NY car impossibles à trouver à paris ou puma vintage pour les vrais expéditions. Pour le reste, 1kg de bagage par jour maximum, suffisant pour donner le change 2 fois par jour tout en permettant son transport manuel lors de déplacements phileasfoguiens hôtels-avions-pirogues-elephants. Sa valise se compose de chemises en lin, sahariennes kenzo et pantalons thaï pour le désert, de pulls en cachemire Gap légers mais moelleux et confortables pour les glaciers, un jean Seven pour la journée, un APC pour le soir et toutes une série de fringues des collections des années passées qu’il regrettera moins en cas de perte du dis bagage et de pièces shoppées sur place…

Pour établir son parcours, un lonely planet dans une poche, le walpeper dans l’autre, histoire d’alterner gargottes de charmes et établissements gastrochics, boutiques hôtels et hosteria typiques. Seules règles d’or du gypset : jamais dans des hôtels de chaînes tu ne dormiras (exceptés ceux des leading hotels of the world), jamais de cuisine internationale tu ne mangeras et toujours les spécialités étranges tu goûteras (lait de jument fermenté, oryx, viande de chèvre fraîche…), des marques locales uniquement tu shopperas…

Car le plus important en globetrottant c’est 1. de garder le sens de l’autodérision pour éviter d’entendre comme aujourd’hui  « accent pincé parisien – oh nous ne descendons que dans des hôtels déco, alors ce rustique coloré– à plusieurs centaines d’euros la nuit – nous change, c’est charmant »  2. Ne jamais être blasé  « Y a pas à dire, NY ce n’est plus ce que c’était… » et surtout 3. Toujours vouloir se laisser surprendre…

Posté par Le gentlegay à 20:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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